Les athlètes et la précarité


Aujourd'hui a lieu le lancement des Jeux olympiques 2016, à Rio. Ils se dérouleront jusqu'au 21 août.

Nos yeux et nos oreilles sont rivés sur les écrans et sur les ondes. Prêts à encourager des sportifs de haut niveau défendant nos couleurs au quatre coins du monde, nous sommes persuadés que ces hommes et femmes vivent aisément de leur passion. Un rêve pour chaque passionné de sport de haut niveau.

Cependant, la gloire, l’argent ne sont réservés qu’à une minorité de sportifs de haut niveau évoluant dans des disciplines générant des fonds importants grâce à leur popularité planétaire. Citons le football, le tennis, le golf, le basket-ball ou encore la boxe anglaise. En effet, de nombreux sportifs, notamment ceux présents à Rio pour les JO afin de représenter notre pays et de tenter de glaner des médailles olympiques, sont dans une situation précaire. Nous parlerons uniquement des sportifs de haut niveau (reconnus par le ministère des Sports et participant à des compétitions avec l’équipe nationale), dont la situation est différente de celle des sportifs professionnels, c’est-à-dire ceux exerçant une activité sportive et bénéficiant du statut de travailleur salarié ou indépendant (les footballeurs salariés des clubs professionnels par exemple).

Une donnée symbolise cette précarité des sportifs de haut niveau : près de la moitié (4 sur 10) gagnent moins de 500 euros par mois (un peu moins de 17 euros par jour). Cette donnée a été relayée dans le reportage de « Complément d’enquête – JO : la gloire et la galère » diffusé le 19 mai 2016, ainsi que dans l’article paru sur le point.fr le 21 mai 2016.

Pourquoi cette précarité ? Parce que beaucoup de sportifs de haut niveau n’ont pas de revenus stables, ce qui a des incidences très importantes sur leur sécurité économique et sociale. Certains d’entre eux n’ont aucune assurance sociale contre les risques d’accidents sportifs importants ou graves (une rupture de tendon d’Achille ou une rupture des ligaments croisés du genou notamment). Le reportage de l’émission « Complément d’enquête » expose au grand jour la situation de beaucoup d’athlètes de haut niveau comme Phara Anacharsis, championne d'Europe du relais 4 x 400 m, médaillée d’argent sur 400 m, qualifiée pour les Jeux olympiques de Rio et vendeuse à mi-temps chez Decathlon pour un salaire de 700 euros par mois. L’athlète déclare lors du reportage se « retrouver avec rien dans le frigo en fin de mois ». Des mots qui font froid dans le dos quand on pense aux sacrifices physiques que doit faire un sportif de haut niveau pour obtenir des titres pour lui et sa nation. On est très loin du fameux « trop payé » crié par certains supporters à la face du sportif moins performant.

De nombreux athlètes doivent cumuler activité salariée et sport de haut niveau, ce qui les pénalise dans leurs préparations pour les très grandes compétitions internationales et donc réduit leurs chances de glaner des titres, alors que seules les primes consécutives à l’obtention de ces titres leur permettraient de vivre mieux (à titre d’exemple, 50 000 euros seront versés aux champions olympiques, 20 000 aux sportifs médaillés d’argent et 13 000 euros pour ceux médaillés de bronze). Bien sûr, ces primes valent pour les titres olympiques, elles sont moindres dans les autres compétitions. En outre, cette précarité économique est renforcée par les nombreuses dépenses (achats de matériels sportifs, déplacements internationaux entres autres) que doivent effectuer ces sportifs pour être performants. Le décathlonien Gaël Querin confie dans ce même reportage qu’il s’entraîne avec des chaussures trouées. Beaucoup d’athlètes soulignent le manque de soutien des fédérations sportives et plus largement du mouvement sportif français trop lent pour enfin arrêter un véritable statut du sportif de haut niveau avec des garanties économiques et sociales.

Les incidences pourraient être graves pour le mouvement sportif français : fin de carrière prématurée par manque de moyens, départ vers d’autres pays afin de bénéficier de conditions de vie et de travail conformes à ce qu’exige le sport de haut niveau, voire tentation des pratiques dopantes.

Afin de prévenir de telles incidences et d’en réduire les effets, il paraît nécessaire que les pouvoirs publics et les acteurs privés, en particulier les entreprises, se mobilisent pour garantir une stabilité et une sécurité économiques et sociales aux sportifs de haut niveau en France.

Pour en savoir plus, cliquez sur le lien vers le reportage de "Complément d'enquête" : www.youtube.com/watch?v=M34bH7JcJ40

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