Zoom sur Médéric Chapitaux

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Médéric Chapitaux connaît bien le monde du sport. Il est titulaire de plusieurs Master STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives). Il a notamment travaillé au ministère des Sports et à la Fédération française des sports de contacts et disciplines associées.

Il a accepté de répondre à nos questions sur la précarité de certains sportifs de haut niveau et sur le dopage. Il en explique les causes et nous soumet les pistes qui, selon lui, devraient être suivies pour améliorer les conditions de vie des sportifs de haut niveau et pour lutter contre le dopage.

Quelles sont les sources de revenus des sportifs de haut niveau ?

En France, il faut distinguer deux types de sportifs professionnels au statut totalement différent : les sportifs professionnels (rémunérés par leur club) et les sportifs de haut niveau (un statut administratif).

Il existe des listes ministérielles publiées tous les ans avec le nom et la discipline, qui reconnaît officiellement les personnes bénéficiant du statut de sportif de haut niveau.

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Les sportifs de haut niveau peuvent bénéficier :

[if !supportLists]-<span style='font:7.0pt "Times New Roman"'> </span>[endif]- des subventions de l’État versées aux athlètes ;

[if !supportLists]-<span style='font:7.0pt "Times New Roman"'> </span>[endif]- de contrats d’image et de parrainage (CIP) dans le cadre desquels une entreprise s’engage à accompagner un ou plusieurs sportifs ;

[if !supportLists]-<span style='font:7.0pt "Times New Roman"'> </span>[endif]- du sponsoring, pour les athlètes les plus en vue (une marque donne de l’argent à un athlète pour mettre en avant son image) ;

[if !supportLists]-<span style='font:7.0pt "Times New Roman"'> </span>[endif]- d’éventuelles subventions locales si le sportif représente sa région et que celle-ci veut mettre en avant le sportif (mais c’est du cas par cas).

[if !supportEmptyParas] [endif]Le point de fragilité est qu’aujourd’hui il y a beaucoup d’athlètes sur les listes ministérielles, donc beaucoup de candidats aux subventions et comme il y a de plus en plus de disciplines subventionnées, chaque subvention est moins importante… Cela réduit les aides à l’accompagnement des sportifs.

Pour les entreprises qui se lancent dans le partenariat, il faut avoir les reins solides et les athlètes ne peuvent pas représenter la marque à temps plein, ils ont leur entraînement, les déplacements… [if !supportEmptyParas] [endif]

Certains sports sont-ils particulièrement touchés par cette difficulté à trouver des fonds ?

Il y a peu de difficulté dans les sports collectifs, davantage dans les sports individuels, surtout pour les sports que l’on ne voit que tous les 4 ans [pour les JO], par exemple un tireur au pistolet. La majorité des athlètes n’est pas dans une situation confortable, surtout par rapport à l’investissement personnel demandé !

Le problème est qu’il n’y a pas de poste pour tout le monde. Le Comité international olympique fait entrer de nouvelles disciplines. Il est donc légitime que ces dernières soient reconnues. Certaines disparaissent aussi. Par exemple, l’entrée du golf ne pose pas de problème. C’est une fédération riche et dotée de nombreux sponsors car les personnes qui la composent viennent majoritairement d'un milieu sociétal élevé. En revanche, la fédération d’athlétisme est en déficit, elle n’a pas les moyens pour accompagner les sportifs.

Quelles solutions, selon vous, permettraient d’améliorer cette situation ?

Une des solutions pragmatiques serait de réduire la liste des sportifs de haut niveau tout en maintenant le niveau des subventions.

Il faudrait voir aussi comment les fédérations pourraient augmenter leurs revenus pour pouvoir salarier les athlètes. Par exemple, en Italie ou en Chine, les athlètes de haut niveau sont salariés.

Il y a 117 fédérations en France. Ailleurs, il y en a deux fois moins. À force de multiplier les fédérations, les coûts de fonctionnement augmentent. Si on les fusionnait, cela coûterait moins cher et permettrait de développer des fonds.

Le problème ici est politique parce que moins de fédérations signifie moins de dirigeants de fédérations.

L’État finance à 95 % la Fédération de pentathlon moderne. On est à plus de 50 % de dépendance par rapport à l’État dans de nombreuses fédérations. Elles sont donc trop dépendantes pour embaucher.

Le statut de sportif de haut niveau s’applique aujourd’hui à à peu près toutes les fédérations. L’autre idée serait donc de limiter ce statut aux seuls sports olympiques.

Pensez-vous que le ministère de la Jeunesse et des Sports ait bien conscience du problème ?

Oui, la conscience existe au ministère. Le secrétaire d’État a sorti une loi en décembre 2015 pour ces sportifs. Les pistes de réflexion sont compliquées car le sport depuis les années 1950 est sous la dépendance de l’État.

Partir sur une vision olympique veut dire que l’on crée un clivage. Le ministère n’est pas enclin à cela a priori, mais il faudrait faire quelque chose.

Pensez-vous que le système actuel puisse faire fuir les sportifs à l’étranger ?

Le patriotisme fait aussi partie de l’enjeu pour ces sportifs. S’ils ont des médailles, du succès, ils ont une perspective de carrière. Je ne pense pas que ce soit dans la culture française de se faire naturaliser pour aller jouer ailleurs.

Le niveau de compétence en matière d’entraînement est élevé en France, donc nous avons quand même des atouts pour conserver nos sportifs.

Les sportifs précaires sont-ils, selon vous, plus exposés à la tentation du dopage ?

Ils sont fragilisés par leur position, il existe des pressions, mais les sportifs sont peu enclins à craquer. Ils sont motivés par ce qu’ils font et par les médailles. Les atteintes extérieures sont possibles. C’est plus un problème de sécurité que de précarité. En fait, la vision doit être sur le long terme, ils s’investissent pendant des années pour tenter de gagner.

Pourquoi un sportif en vient-il à se doper ?

La gloire, la performance. Le but premier est de passer d’une place insignifiante à une place en vue. Gagner, faire un podium, pour avoir de l’argent, les médias, et donc un avenir.

Le seul objectif, c’est la lumière. Sinon, cela n’a aucun intérêt. Ils sont tous conscients des risques qu’ils encourent.

Le mental est à la hauteur de leurs exigences. Ils ne sont pas idiots. Donc, ils ne se dopent que s'ils ne parviennent pas à leurs fins autrement. Le but est de réussir, d'avoir la lumière, la reconnaissance de leur pays, de leurs pairs.

Le sport de haut niveau aussi est destructeur pour la santé vu ce que les sportifs font subir à leur corps. Le dopage, sur la santé, est vu comme une contrainte de plus.

Il faut arrêter de voir le dopage sous l’angle de la santé et plutôt le voir sous l’angle sociétal.

Ont-ils connaissance des autres risques ?

Ils connaissent également le risque au niveau pénal et au niveau sportif.

Le seul lien entre précarité et dopage est que gagner peut les faire sortir de la précarité. Donc si les sportifs vivaient mieux, peut-être qu’ils seraient moins tentés par le dopage. Mais ce n’est pas sûr car il reste la tentation de la gloire, de la reconnaissance davantage que celle de l’argent.

Si tous les risques sont connus, comment lutter contre le dopage ?

Selon les produits indiqués, c’est un usage de stupéfiants, donc les sportifs concernés devraient être poursuivis en droit commun, pas pour dopage. Il faudrait la radiation à vie et non 6 mois, puis un an de suspension. Pourquoi cette échelle de peines ? Elle encourage le dopage en procédant par étape (6 mois, 1 an, puis à vie). Si le sportif dopé était radié à vie directement, les fédérations seraient plus vigilantes.

Supprimer cette échelle de peines permettrait aussi de gagner de l’argent car la lutte contre le dopage coûte de l’argent et du temps en termes de longueur des procédures.

Cela permettrait de réguler le dopage. C’est une position dure, mais c’est la seule rationnelle selon moi.

La prévention en l’état ne fonctionne pas. Le ministère n’utilise pas les moyens coercitifs dont il dispose. Il est plus sur l’éducation et la prévention, mais cela ne suffit pas.

C’est pour ça qu’il y a des problèmes car on ne sanctionne pas. On part du principe que la sanction, c’est le chrono, le podium.

Il existe aussi des amateurs qui se dopent pour accéder au niveau supérieur.

Les produits sont en vente sur Internet. Même les jeunes enfants ont déjà entendu le nom de ces produits.

Il faut repenser tout le dispositif et agir rapidement.

Propos recueillis par Carole Billiout

© berc/Fotolia

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