Interview de Mme la ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes


Dans notre dernier numéro, nous vous l'avions promise...

La voici ! L'interview de Laurence Rossignol ministre des Familles, de l'Enfance et des Droits des femmes !

Qu’est-ce qui vous a amenée vers le droit, puis vers la politique ?

Pour le droit comme pour la politique, c’est probablement le même goût pour la chose publique, la conquête de nouveaux droits et l’indispensable protection par la loi des plus vulnérables.

Vous avez été très tôt en charge des questions relatives à l’enfance. Était-ce un choix ?

Oui. À l’origine, l’intitulé du secrétariat d’État qui m’a été confié en 2014 ne mentionnait que la famille et les personnes âgées. C’est moi qui ai souhaité l’élargir à l’enfance, parce qu’il me semblait indispensable de mettre en place une politique spécifique en faveur des droits des enfants, qui puisse être identifiée comme telle.

Vous serait-il possible d’indiquer à nos jeunes lecteurs à quoi peut ressembler la journée d’un ministre ?

  • Ma journée commence à 6h30, avec la lecture de la presse sur mon iPad et la consultation des réseaux sociaux, en prenant mon petit-déjeuner.

  • La journée officielle commence à 8h30 ou 9 heures, avec un second petit-déjeuner, souvent au ministère, où je rencontre différents interlocuteurs sur les secteurs dont j’ai la charge.

  • Je vois ensuite mon équipe pour faire un point sur l’actualité, l’agenda et les dossiers du jour.

  • Puis les réunions et les rendez-vous s’enchaînent.

  • Chaque semaine, je participe au Conseil des ministres et aux questions d’actualité au Gouvernement qui ont lieu à l’Assemblée nationale et au Sénat. J’ai aussi des réunions de travail avec les autres ministres, les services de l’État, des responsables d’institutions ou d’associations. Je me déplace souvent en région pour assister à des colloques, des congrès, des inaugurations…

  • Si je n’ai pas de dîner professionnel, ma journée se termine vers 20h30 – 21 heures. Je passe aussi beaucoup de temps dans le train pour me rendre à des événements qui concernent mes trois secteurs. Comme ils couvrent des compétences et des sujets très larges, je suis amenée à rencontrer beaucoup de gens, en passant d’un sujet à l’autre à chaque rendez-vous ou événement.

Comment tenez-vous ce rythme de travail ?


Cela exige une capacité d’adaptation et une certaine souplesse. Pour tenir ce rythme, il faut aussi avoir une santé solide. C’est la raison pour laquelle j’essaie de trouver au moins deux heures par semaine, dans cet emploi du temps chargé, pour faire du sport.

Cela fait-il une différence d’être une femme au sein du Gouvernement ?


Théoriquement, il ne devrait y avoir aucune différence ! En réalité, il y en a encore quelques-unes. Les femmes ministres, et les femmes politiques en général, sont plus exposées médiatiquement : leurs tenues et leur apparence sont beaucoup plus observées et commentées que celles des hommes. Elles sont encore victimes d’une certaine tyrannie de l’image, qu’elles doivent davantage contrôler que leurs collègues masculins. C’est regrettable mais heureusement, dans ce gouvernement où la parité est strictement respectée depuis le début du quinquennat, leur parole a maintenant autant de poids que celle des hommes ministres.

L’accès aux fonctions politiques est-il plus difficile pour une femme que pour un homme ?

Oui, c’est évident, nous en avons la preuve dans les deux Chambres : il y a seulement 27 % de femmes à l’Assemblée nationale et 25 % au Sénat. Aujourd’hui, les compétences des femmes politiques ne sont plus mises en cause, comme ce fut le cas pendant longtemps, mais la sélection est plus rude, notamment parce qu’il est plus difficile pour elles de concilier leur vie personnelle et leur engagement militant. Le partage des responsabilités familiales reste très inégalitaire : à fonction et âge identiques, un homme a beaucoup plus de temps qu’une femme à consacrer à ses activités politiques. Néanmoins, nous progressons : les lois sur la parité ont permis d’accélérer l’évolution en faveur d’une meilleure représentation des femmes au sein des conseils municipaux, départementaux, régionaux. Les élues y font chaque jour la preuve de leur compétence et de leur investissement, au bénéfice des citoyen(ne)s.

Pourquoi selon vous place-t-on toujours des femmes dans les ministères dédiés à la famille, à l’enfance et aux droits des femmes ?

Il me semble parfaitement normal que ce soit une femme qui soit ministre des Droits des femmes. Bien sûr, aujourd’hui, beaucoup d’hommes sont convaincus de la nécessité de faire avancer l’égalité femmes-hommes, certains sont féministes et c’est une très bonne chose ! Mais je pense qu’il est difficile, pour un homme, de comprendre aussi bien qu’une femme le poids des stéréotypes et des inégalités qu’il ne vit pas, mais aussi les questions spécifiques relatives à la maternité, à la liberté des femmes de disposer de leur corps. L’expérience qu’une femme a de ces sujets est un réel avantage. En ce qui concerne la famille et l’enfance, il est effectivement moins fréquent que ces secteurs soient confiés à des hommes. C’est l’héritage de l’histoire : pendant des siècles, la place des femmes était à la maison, et leur rôle était de s’occuper de la famille et des enfants. On imagine donc qu’aujourd’hui encore, elles sont plus « qualifiées » pour s’occuper de ces sujets parce qu’elles les connaitraient mieux. Ce qui compte, c’est que les femmes ne soient pas confinées dans ces sujets. Qu’il y ait aussi des femmes ministres dans tous les domaines. Pour ma part, je suis très heureuse d’être la ministre en charge des familles, de l’enfance et des droits des femmes, après avoir été aussi secrétaire d’État aux personnes âgées. Je me suis occupée des Français(es) à tous les âges de leur vie, j’en suis très fière ! Et aujourd’hui, je n’aurais pas du tout envie d’échanger mon ministère contre un autre : je suis très heureuse de mener des politiques qui touchent au cœur de la vie de tous.

A lire ou à relire : notre article sur les femmes en politique (Kezako mundi 7, septembre-octobre 2016) !

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