Expérimentation animale : "Les mentalités évoluent doucement"


Georges Chapouthier est biologiste et philosophe. Il répond à nos questions sur l'expérimentation animale, évoquée dans le numéro 13 de Kezako Mundi.

Kezako Mundi : Le progrès médical justifie-t-il l’expérimentation sur les animaux ?

Georges Chapouthier : Il l’impose sur un plan pratique, si on veut continuer à produire certains médicaments. Les médicaments qui portent sur la globalité du corps, par exemple un somnifère ou un anti-épileptique, ne peuvent pas être testés sur des modèles cellulaires.

Doit-on ou peut-on faire une différence entre les animaux de laboratoire et les autres animaux ? Peuvent-ils être placés sous des statuts différents ?

Il ne s’agit pas, bien sûr, de différences sur le plan moral, mais de statut juridique. Dans la pratique, chaque domaine d’utilisation des animaux par l’espèce humaine est encadré par des lois (votées par les hommes). Les lois qui encadrent l’expérimentation biologique et médicale sont différentes de celles qui encadrent le traitement des animaux de compagnie, les élevages et les abattages liés à l’alimentation carnée.

La protection des animaux justifie-t-elle, selon vous, les actions radicales menées contre des laboratoires ou centres de recherche ?

Non, ces actions ne sont pas justifiées et, à certains égards, nuisent même à la cause qu’elles visent à défendre. Dans un état de droit, les améliorations doivent se faire, à terme, par la loi, donc par l’action des citoyens.

Les images choquantes de mauvais traitements, d’euthanasie d’animaux sans souci de leur souffrance, sont-elles toujours d’actualité ? Si oui, pensez-vous qu’elles représentent réellement une solution pour sensibiliser l’opinion publique et les décideurs ?

Toute image, même choquante, doit être diffusée pour que les citoyens (et les décideurs) puissent juger en toute connaissance de cause.

La règle des 3 R constitue-t-elle, selon vous, un garde-fou suffisant, à même de prendre en compte le bien-être des animaux ?

La « Règle des trois R » est une requête morale pour aller toujours plus loin dans les trois catégories « raffiner, réduire, remplacer ». Ce n’est pas une règle statique. Elle n’est un garde fou que si on l’applique bien dans un sens évolutif, allant vers la réduction de plus en plus importante de l’expérimentation sur des animaux vivants, avec l’idée, à plus ou moins long terme, de sa suppression.

Avez-vous constaté en France un changement d’attitude ou de pratiques de la part des chercheurs depuis le changement de statut de l’animal dans le code civil ?

Oui, mais ce changement a commencé bien avant la modification du code civil. Depuis près de 40 ans, les mentalités évoluent doucement en faveur du respect de l’animal, y compris dans les laboratoires, et beaucoup de chercheurs (mais pas tous !) se préoccupent de la sensibilité et de la souffrance des animaux.

Les différences biologiques entre les animaux objets des expérimentations et l’homme

rendent-elles l’expérimentation animale inutile ?

Non, dans la majorité des cas la transposition de l’animal à l’homme s’est avérée médicalement utile (mais il y a quelques exceptions spectaculaires, comme la thalidomide). Dire que la différence entre les animaux (d’ailleurs proches de l’homme comme la souris) et l’homme rend l’expérimentation animale inutile est une contre-vérité. En revanche, le fait que ces animaux soient proches de l’homme pose un grave problème moral.

Les méthodes alternatives sont-elles plus fiables selon vous ?

Je ne dirais pas qu’elles sont « plus fiables ». Il faut souligner qu’à fiabilité égale, on doit absolument encourager, quand elles sont possibles, les méthodes alternatives. Les recherches doivent être fortement développées dans ce sens et, pour le moment, l’insistance des pouvoirs publics dans ce domaine reste très insuffisante.

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