Rencontre avec... Karin Serres


Karin Serres, l'auteure de Happa no ko, Le peuple de feuilles, en lice pour remporter le prix Kezako a accepté de répondre à nos questions sur son roman et son profil de lectrice lorsqu'elle était adolescente.


Pourquoi avoir choisi la science-fiction ?


J’écris toujours de la fiction, c’est-à-dire des histoires inventées, parce que cela me permet de parler de notre monde réel avec plus de liberté, à la fois protégée et portée plus loin par cette distance de l'imaginaire. Comme mes sources d’inspiration sont 1) mille détails de ma vraie vie de chaque jour que j’absorbe et qui se mélangent à l'intérieur de moi pour créer d’autres vies, d’autres gens, d’autres histoires imaginaires, et 2) les magazines scientifiques, que j’adore lire pour tout ce que j’y apprends d’absurde ou d’étonnant, qui me poussent à réfléchir autrement… le croisement de tout cela m’amène logiquement vers la science-fiction ou plus précisément vers les dystopies, les futurs parallèles, les réels vrillés, les grains de sable ou les battements d’ailes de papillons qui changent le monde ou sa réalité visible ou habituelle.


Votre livre regorge d’idées, quelles sont vos sources d’imagination ?


Quand on écrit, tout peut être inspirant ! Je marche beaucoup, tous les jours, partout, mes antennes dressées, j’absorbe tous les détails sensoriels possibles que je mémorise, je prends aussi des notes et des photos avec mon téléphone. Chaque fois que je travaille hors de chez moi, j'ai l'impression que le dépaysement me rend plus éveillée. Peu importe la distance ou l’exotisme, c’est le déplacement qui agit. Pour “Happa No Ko”, j’ai bénéficié d’une bourse d’écriture Hors-les-Murs de l’Institut Français, un soutien extraordinaire qui m’a permis de voyager pendant deux mois à travers tout le Japon, à l’automne, ce dont je rêvais depuis des années… et ce voyage a changé ma vie et ma perception du monde.


Plaidoyer écologique, votre livre décrit un avenir à la fois terrifiant, mais avec de bons côtés, pourquoi avoir joué sur cette double facette ?


Ecrire, et surtout écrire de la fiction, ça permet de réparer le monde, à notre façon, sur le papier. Alors plus on plonge dans ses côtés sombres, actuels ou futurs, comme cadre de départ, plus on peut proposer des alternatives, des rêves d'avenir différents, des possibilités…


Quelle lectrice étiez-vous adolescente ?


Adolescente, j'étais une lectrice farouche, je lisais tout ce qui me tombait sous la main, c'était mon seul moyen d'évasion (nous navions pas la télé et allions très peu au cinéma). Ça semble impossible à imaginer aujourd'hui où elles sont si variées et d'excellente qualité, mais les collections pour adolescent•e•s nexistaient pas encore, nous n'avions que des classiques à nous mettre sous la dent, comme la bibliothèque verte avec ses romans américains ou anglais traduits, qui étaient efficaces mais pas si nombreux que ça. Alors je lisais aussi les vieux romans d'aventure de l'enfance ou de l'adolescence de mes parents, voire de mes grands-parents, et jai adoré le bibliobus de mes dernières années d'école primaire puis surtout la bibliothèque du quartier qui m'ont tellement permis d'élargir mon champ de lecture.


Avez-vous une lecture ou un(e) auteur(e) fétiche ?


Oui, plein, je lis toujours autant. Mon autrice préférée, c'est Yoko Ogawa, une romancière et novelliste japonaise qui écrit magnifiquement, ses histoires très sensibles partent d'une réalité banale qui se décale pour un simple détail, jusqu'à devenir complètement fantastique, comme La mer (des nouvelles) ou Petits oiseaux. Je relis souvent aussi A la croisée des mondes de Philip Pullman, tous les romans de Neil Gaiman, comme L'océan au bout du chemin, la trilogie jeunesse de Henning Mankell… et ici en Nouvelle Zélande où je suis en train d'écrire la suite de Happa no ko, inspirée par la culture maorie, je découvre les romans et nouvelles d'écrivaines formidables comme Patricia Grace, Fiona Farrel, Tina Makereti, Emma Neale…


Happa no ko, Le peuple de feuilles, Karin Serres, éditions du Rouergue

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