Chasse aux sorcières...


En complément de la rubrique "Savez-vous combien ?" du numéro de novembre consacrée au nombre de femmes exécutées pour sorcellerie en Europe entre la fin du XVe siècle et le XVIIe siècle, découvrez le portrait de la dernière femme conduite au bûcher pour sorcellerie en Europe : Michelle Chaudron (aussi appelée Michée Chauderon).


Chaudron, la pauvre avait un nom prédestiné… Pourtant, nul chapeau pointu ou nez crochu, elle était simplement une femme âgée, veuve (et donc non soumise à un mari), guérisseuse à ses heures (entendez par-là qu’elle concoctait une soupe consistante et réconfortante qui requinquait les personnes souffrantes, nombreuses à l’époque).


Elle décide de cesser son activité de guérisseuse et est alors dénoncée par des femmes qui l’emploient comme domestique et se vengent notamment du fait qu'elle ait refusé son aide à l'une d'elles. Les accusations de sorcellerie sont d'ailleurs souvent le fait d’autres femmes exerçant ainsi une vengeance.


Elle est soumise à un supplice, l'estrapade, qui consiste à l'attacher par les bras à des cordes et à la hisser en haut d'un mat de bois ou au plafond avant de relâcher brutalement lesdites cordes. Rapidement, voulant faire cesser ses souffrances, elle confesse que oui, sans doute, il est possible qu’elle ait un jour croisé l’ombre du diable… C’en est fini pour elle.


Il faudra ensuite trois séries "d’examens médicaux" pour conclure à son statut de sorcière. Comme cela était-il déterminé ? Des aiguilles étaient plantées dans tout le corps de la sorcière présumée, notamment sur toute trace ou grains de beauté, et si à l’endroit d’une piqûre cela ne saignait pas, c’était la preuve selon les juges et médecins de l’époque que la femme portait la marque du diable et était donc une sorcière. Premier examen, on la pique dans tous les sens, mais au grand regret de ses bourreaux, tous les impacts saignèrent. 2e examen : rebelote, l’expert considère que Michelle Chaudron ne porte que des marques naturelles en grande part dues à son âge avancé (plus de 50 ans ce qui assez vieux pour l’époque ; les femmes sont à cet âge infertiles et considérées comme totalement inutiles) et atteste qu’elle ne porte aucune marque du diable. Mais ses bourreaux n’en démordent pas, ils trouveront coûte que coûte cette fameuse marque du diable. En fait, ils ont décidé d’avance que cette femme était une sorcière et devait périr sur le bûcher. Un 3e « examen » a lieu, réalisé par des médecins old school qui concluent, oh surprise, que cette femme porte bel et bien la marque du diable.


Elle est alors condamnée, puis pendue avant d’être amenée sur le bûcher. Elle est ainsi brûlée le 6 avril 1652, à Genève, en Suisse. Elle sera la dernière en Europe, du moins officiellement, pour sorcellerie.


Image : Gravure représentant une femme suisse accusée de sorcellerie et condamnée au bûcher (vers 1700).

© Huesca


Enrick B. Editions 2021, Kezako mundi



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