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Rencontre avec... Mary Orchard


Zoom sur les femmes de science avec Mary Orchard, autrice du roman Sous les étoiles de Bloomstone Manor, en lice pour cette 4e édition du Prix Kezako de la littérature jeunesse.


On entend beaucoup parler des exploits en astrophysique des femmes pionnières de la conquête spatiale, pourquoi avoir voulu traiter cette problématique bien avant cette période ?


Avant la période de conquête spatiale, il y a eu la période des découvertes, des théories, des recherches... Il y a aussi eu des femmes pionnières, des calculatrices, des scientifiques de l'ombre, qui ont contribué aux avancées de l'époque, comme dans toutes les disciplines. Les hommes se sont la plupart du temps appropriés leurs travaux, considérés comme des "petites mains", alors que la majorité des calculs étaient faits à la main par des femmes sous-payées dont on a plus tard récupéré l'appellation pour désigner l'objet, qui, ironiquement, va les remplacer. Ce n'était pas symptomatique à cette période-là, ça a toujours existé et ça existe encore. La recherche scientifique manque encore cruellement de femmes, la parité est loin d'être acquise malgré de nombreuses campagnes d'incitation à l'orientation scientifique. De mon point de vue d'autrice, le roman historique a cette capacité incroyable de mettre en relief des dysfonctionnements qui sont toujours valables de nos jours. Cela en faisait un moyen parfait.


Quelles difficultés spécifiques aux femmes de science de cette période avez-vous pu trouver ?


Il a déjà fallu trouver les femmes elles-mêmes ! Elles souffrent du même problème d'invisibilisation que de nombreuses artistes, autrices, intellectuelles... L'histoire les a tout simplement gommées, ou pire, les hommes ont mis leurs propres noms à la place du leur. C'est ce qu'on appelle l'effet Matilda, malheureusement toujours d'actualité : les femmes scientifiques profitent moins des retombées de leurs travaux, voient les récompenses scientifiques leur échapper, et tout cela, le plus souvent, au profit des hommes. Parmi les exemples les plus connus, on trouve Rosalind Franklin, co-découvreuse de l'ADN alors que le Prix Nobel a été attribué à trois hommes, ou Marthe Gautier qui a découvert le chromosome responsable de la Trisomie 21.

Il y a eu aussi la dévalorisation permanente, voire l'infantilisation - c'est ce qu'Agathe rétorque à Bancroft pendant le bal : elles font des études pour devenir médecin ? Elles deviendront infirmières. Des études d'ingénieur ou de scientifiques ? Au mieux, on en fera des techniciennes de laboratoire. Les femmes restent les éternelles secondes. Il y a bien entendu eu des exceptions, mais à quel prix ? À une époque où toute femme mariée était censée renoncer à une éventuelle carrière pour se consacrer à la vie domestique et de famille, dans tous les cas, le sacrifice était immense.

Le personnage d’Agathe est-il inspiré d’une ou de plusieurs vraies scientifiques ?


Pas du tout ! J'ai commencé les recherches sur les sciences de l'époque et la place des femmes bien après avoir décidé des principales caractéristiques du personnage d'Agathe. En revanche, elle croise des personnages connus, comme Almorth Wright à la Royal Society. Pour la petite histoire : j'aurais pu me passer de lui dans le chapitre où il apparaît, mais c'était quelqu'un d'extrêmement misogyne et ça a été assez jubilatoire de le mettre en scène pour se faire ainsi damer le pion par une jeune femme d'à peine 20 ans.



Sous les étoiles de Bloomstone Manor, Mary Orchard, éditions Casterman, dès 13 ans, 16,90 €, 408 pages

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