Rencontre avec... Patrick Bard


C'est au tour de Patrick Bard, auteur du roman Le secret de Mona, de nous parler de son roman et de son attachante héroïne.


Vous avez choisi un sujet fort et le traitez un peu à la manière d’une enquête. Pourquoi ce choix ?


Dans « enquête », il y a « quête ». Quête de vérité, généralement. Mais la vérité est un diamant à facettes multiples. L’enquête permet d’en explorer les différents angles, depuis différents points de vue. La vérité change en fonction d’où on la regarde. C’est aussi ce que raconte ce roman, la subjectivité. J’ai toujours eu une méfiance instinctive envers ceux qui prétendent détenir la vérité. Par ailleurs, je viens du polar, c’est ma famille littéraire, mon ADN. On ne se refait pas…


Le personnage de Mona est très attachant, en dépit (et peut-être aussi en raison) de tout ce qui lui arrive. Comment avez-vous construit ce personnage ?


Qu’il s’agisse de mes rencontres avec des collégiens, collégiennes ou de mes étudiants, je croise trop souvent des jeunes dont les parents, dans des familles souvent monoparentales, sont aux abonnés absents, ou broyés par les difficultés de la vie. J’ai eu très envie de construire un personnage qui ressemble à ces adolescentes qui essayent d’être fortes, courageuses, bien que livrées à elles-mêmes, et que j’ai eu parfois l’occasion de rencontrer. Elles font face, elles affrontent, coûte que coûte, même si la vague est trop haute… Elles sont admirables dans leur détermination.


Pourquoi avoir situé l’action en milieu rural ?


Je vis en milieu rural. J’ai été, plusieurs années durant, élu communal de base. À ce titre, j’ai découvert que la misère, la déprise de l’état, le sentiment d’abandon, l’isolement, n’étaient absolument pas réservés aux quartiers sensibles des grandes villes. Simplement, avant le mouvement des Gilets Jaunes, c’était moins médiatique. À la campagne, les familles en difficulté ont tendance à se cacher, elles ont honte. J’ai puisé nombre d’anecdotes du roman dans le monde qui m’entoure, dans les témoignages de ceux, gendarmes, travailleurs sociaux ou élus de terrain, qui m’ont aidé dans ma recherche. J’ai voulu restituer tout cela sans rien trahir.


Qu’apporte selon vous le brouillage entre mensonge et réalité que l’on constate tout au long du roman ?


Il est à mon sens bien plus question de déni que de mensonge. La force du déni est ici proportionnelle à la force de l’amour. Je crois que le brouillage permet d’explorer l’incroyable complexité de l’être humain. Rien de ce que j’ai décrit ne relève de l’impossible, hélas. C’est documenté. Lorsque j’ai exposé le synopsis de la première partie du roman à l’adjudante de gendarmerie qui m’aidait, elle m’a répondu qu’elle avait eu le même cas en Lorraine, où elle était en poste auparavant. Quant à la seconde partie du roman, je n’avais rien planifié. J’ai rédigé en croyant moi-même à ce que j’écrivais. Simplement, arrivé au carrefour décisif, instinctivement, je me suis posé la question: « Et si….? ».

Et j’ai arbitré.


Photo : © MARIE-BERTHE FERRER 2019

Le secret de Mona, Patrick Bard, éditions Syros

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