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Dans la peau des criminels...


En complément de la rubrique "C'était hier" du mois, consacrée aux tatouages et marques pénales, découvrez l'intégralité de l'interview de Benoît Le Dévédec, auteur du livre Dans la peau des criminels - Ce qui se cache derrière les tatouages des criminels.


Pourquoi avoir choisi pour thème de votre livre les tatouages des criminels ?


Le tatouage est une forme d’art qui m’a toujours passionné. Lorsqu’on m’a demandé, dans mon université, de rédiger un mémoire universitaire sur un thème de mon choix, en criminologie, j’ai souhaité le faire sur cette passion. J’ai donc joint l’utile à agréable, en étudiant comment certains groupes criminels utilisent ou utilisaient le tatouage, et ce que cela signifiait pour eux.


Après ce travail, j’étais frustré de me dire que j’avais fait toutes ces recherches pour un « simple devoir » rangé dans un tiroir, que personne ou presque n’allait lire. J’ai donc collaboré avec Enrick B. Editions pour le transformer en livre, accessible à tout type de public et susceptible d’intéresser tout le monde (et pas seulement les universitaires, les juristes ou les criminologues). Beaucoup de choses ont été modifiées, retirées, ajoutées, pour arriver à ce résultat, bien différent du matériau de départ.


L’illustrateur du livre, Arno KSR, est lui-même tatoueur. Comment est née votre collaboration ?


Au tout début du projet, lorsque j’ai commencé à vouloir transformer mon mémoire universitaire en livre, j’ai pensé qu’il était indispensable que celui-ci soit illustré. Et qui mieux qu’un tatoueur pour illustrer un livre sur les tatouages ?


Comme je travaillais régulièrement avec une association de tatoueurs pour qui j’écrivais des articles juridiques et intervenais lors de séminaires qu’ils organisaient, je leur ai parlé de ce projet. A l’origine, je pensais demander à plusieurs artistes de faire un dessin chacun, pour avoir plusieurs univers différents dans l’ouvrage. Mais quand j’ai reçu les dessins d’Arno KSR, je suis tombé sous le charme de son talent. C’était lui qu’il me fallait ! Et je ne me suis pas trompé : en plus d’être un super dessinateur, travailler avec lui a été un gigantesque plaisir. Humainement, c’est l’une des plus belles personnes avec qui j’ai pu travailler.


Existe-t-il, à votre connaissance, encore des pays dans le monde où le tatouage est utilisé par le pouvoir judiciaire en tant que peine pénale ? Cette pratique du tatouage ou du marquage pénal était-elle très répandue dans le monde ?


Le tatouage comme peine judiciaire ou comme marquage pénal n’est, à ma connaissance, plus du tout utilisé dans le monde. S’il a pu exister par exemple en Egypte ou chez les Grecs pour marquer les condamnés ou les esclaves, et évidemment au Japon, ces pays ont tous abandonné cette pratique qui, comme le marquage au fer rouge, est à juste titre qualifiée de barbare.


En revanche, certains groupes ou certaines personnes continuent à utiliser le tatouage pour « marquer » leurs victimes, comme on marque du bétail, notamment dans les pires réseaux de prostitution ou de traite d’êtres humains…


La pratique du tatouage légal, en France, en prison, évoquée dans le livre, notamment par Bop John, a-t-elle vocation à se généraliser ?


La plupart des prisons interdisent le tatouage dans leur règlement intérieur. Mais le tatoueur Bop John a réussi à convaincre une prison de le laisser tatouer des prisonniers, à qui il propose des prix très bas. Cela participe à la réinsertion des condamnés, notamment pour recouvrir des tatouages violents ou haineux qui rendraient difficile la recherche d’un emploi par exemple. Cela participe aussi à favoriser la « paix sociale » au sein de l’établissement, où les condamnés ne sont plus forcés de se cacher pour se tatouer et de subir des sanctions disciplinaires s’ils sont découverts.


Au regard du succès de cette formidable expérience, Bop John a encouragé d’autres tatoueurs à contacter des prisons pour proposer une activité similaire. A ma connaissance, plusieurs projets sont en cours actuellement.


Dans quelle mesure la popularisation du tatouage dans la société dans son entier a-t-elle mené à une modification des usages de cette pratique en milieu carcéral ?


La démocratisation du tatouage ne s’est pas arrêtée aux portes des prisons. Alors que, en France, le tatouage « du milieu », c’est-à-dire celui des délinquants et criminels, a peu à peu disparu depuis la Seconde Guerre mondiale, il a été remplacé à partir des années 1980 et surtout au début des années 2000 par la pratique du tatouage de monsieur et madame tout le monde.


A force de voir les grands sportifs, les stars de la TV et les participants des émissions de TV réalité être tatoués de partout, les prisonniers ont fait comme tout le reste de la population, ils ont voulu avoir des tatouages ! Ils les ont alors soit fait réaliser directement en prison, par Bop John voire par un codétenu, soit ils ont profité d’une permission de sortie pour faire un tour par le salon d’un professionnel de l’aiguille.


Certaines pratiques du tatouage n’ont en revanche pas vraiment évolué, comme par exemple celle des prisonniers originaires de Nouvelle Calédonie qui ont toujours arboré des tatouages tribaux semblables à ceux qu’on trouve en Polynésie.


Pour en savoir + sur le livre :

Dans la peau des criminels - Ce qui se cache derrière les tatouages des criminels, Benoît Le Dévédec, illustrations Arno KSR, Enrick B. Editions

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