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Rencontre avec... Claude Gutman


Claude Gutman a accepté d'évoquer avec nous certains des thèmes forts abordés dans son roman La fuite sans fin de Joseph Meyer, en lice pour le Prix Kezako de la littérature jeunesse 2023.


On entend peu parler des colonies pénitentiaires et des horreurs qui y étaient perpétrées. Est-ce pour cela que vous avez souhaité l’évoquer dans votre livre ?


J’ai évoqué la colonie de Belle-Ile parce que la révolte qui s’y était passée m’intriguait depuis mon adolescence. A 12 ans, j’avais appris le poème de Prévert « La chasse à l’enfant ». On m’avait dit que tout était vrai, que les vacanciers de 1934 gagnaient de l’argent en rattrapant un « évadé ». Mais ce qui m’intéressait, c’était le sort de ces enfants auxquels je m’identifiais. Pourquoi étaient-ils enfermés ? Pourquoi tant de mauvais traitements ? C’était insupportable, d’autant que ces gamins étaient là pour des chapardages, des délits parfois mineurs. J’ai découvert un monde inhumain. Autant le faire connaitre. J’ai découvert alors un lieu bien pire : Eysses, la seule colonie correctionnelle. C’était plus atroce encore pour ces jeunes. Mon roman voulait leur rendre justice.


Comment vous êtes-vous documenté sur ce sujet ?


Mon roman ne s’appuie que sur des faits vérifiés. Je me suis plongé dans les journaux de l’époque, dans les témoignages que j’ai trouvés. Oui, le jeune Abel est bien mort de mauvais traitements. Oui, le ministre de l’époque est bien venu à Eysses. Oui, il y a eu une immense campagne de presse. Je me suis donc renseigné auprès des éducateurs de la Protection judiciaire de la jeunesse. J’ai compulsé les dossiers des enfants qui se trouvaient dans ces bagnes indignes et je me suis donc penché sur la justice des mineurs d’alors : une abomination.


On ressent aussi, aux côtés de votre jeune héros, toute l’injustice de la « justice » des mineurs d’alors. Pourquoi avoir choisi de lui faire prendre ce parcours quasi sans répit ?


Oui, la justice était « injuste ». On pouvait enfermer jusqu’à 21 ans des enfants qui avaient été innocentés. La loi le permettait. Un père pouvait se débarrasser un temps d’un enfant sur simple demande au juge. La justice ne se préoccupait que de punir. Mon héros est pris dans un engrenage absurde. Mais l’idée qui sous-tend mon roman, c’est la « rage de vivre ». Même dans les situations extrêmes, la vie est toujours la plus forte. J’ai voulu dénoncer les injustices, la souffrance qu’on infligeait froidement même à des enfants de 6 ans dans les « maisons de corrections » qui ne corrigeaient rien. J’ai pensé faire oeuvre utile en donnant à ressentir le vécu de ces malheureux. Une décision de justice n’ouvrait la voie qu’à la violence. Il fallait changer la loi ; ce qui a été fait en 1945.



La fuite sans fin de Joseph Meyer, Claude Gutman, éditions Gallimard Jeunesse, dès 13 ans, 17,90 €, 352 pages

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